Octave de Rochebrune

« Octave de Rochebrune… »
première de couverture du livre de Claire Guillermic1

Conférence et exposition
Château de Terre-Neuve – 85200 Fontenay-le-Comte
22 juin – 22 septembre 2024

Il est une personnalité du passé qui, ne serait-ce que par la pratique de l’estampe, mais aussi pour son vif intérêt pour le patrimoine, a laissé des traces profondes dans la mémoire culturelle vendéenne : Octave de Rochebrune. Un souvenir concrétisé à Fontenay-le-Comte par la demeure où il naquit, le 1er avril 1824, le château de Terre-Neuve, une belle bâtisse Renaissance qui aurait été construite à la fin du XVIe siècle par un compagnon d’Henri IV, Nicolas Rapin. Un lieu devenu propriété de la famille de Rochebrune, où, pour l’anecdote, l’écrivain Georges Simenon résida de 1940 à 1942.

Se conjuguant avec le bicentenaire de la naissance d’Octave de Rochebrune, une étude de près de 500 pages, fruit de plusieurs années de recherches et superbement illustrée, a été réalisée par l’historienne Claire Guillermic, diplômée de l’École du Louvre. Cette monographie vient d’être imprimée et a été présentée par l’autrice lors d’une conférence au théâtre municipal de Fontenay-le-Comte, le 22 juin dernier.

Nous sommes au cœur du centre historique fontenaisien, rue Rabelais, découvrant, la façade austère franchie, un lieu intimiste, un théatre à l’italienne, avec balcons et murs tendus de rouge ; petit espace culturel à la facture d’hier (il date du XIXe siècle), récemment restauré, cadre confortable, quelque part à l’image de l’évocation que nous fit la conférencière : celle d’une personnalité fontenaisienne de cette même époque, dont le souvenir rayonne encore localement, mais bien au-delà. D’ailleurs, le public était venu nombreux à l’écoute d’une jeune conférencière qui, seule sur scène après les présentations d’usage, s’engagea dans une évocation fluide et argumentée, marquée de dates nombreuses qui n’alourdissent pas le propos et construisent l’histoire.

Claire Guillermic – Théâtre de Fontenay-le-Comte – 22 Juin 2014
(Cl. Maïté Robin)

Doué dès l’enfance pour le dessin, Octave de Rochebrune fréquentera l’atelier du peintre et lithographe Pierre Justin Ouvrié (1806-1879), élève du baron Taylor (1789-1879), spécialisé dans les paysages de ville et de monuments. Il sera ensuite sensibilisé à la gravure, notamment l’eau-forte, par son ami Benjamin Fillon (1819-1881), juge, numismate, archéologue et érudit, et installera un atelier d’impression taille-douce dans l’une des salles de Terre-Neuve.

Dans le lodiciquarte (ou quatrième de couverture) de l’ouvrage1, on peut lire en résumé : « Rien ne destinait Octave de Rochebrune (1824-1900), issu d’une lignée de militaires, à devenir artiste. Pourtant, sa passion pour le dessin, découverte pendant l’enfance et encouragée par sa famille, le conduit vers la voie artistique et intellectuelle.

S’intéressant à l’histoire, à l’archéologie et surtout à l’architecture du Moyen Âge et de la Renaissance, il consacre sa vie à étudier, valoriser, protéger ou restaurer les monuments français de ces époques. Il s’exprime par l’écriture et la collection, appartenant à plusieurs sociétés savantes de l’Ouest de la France ; par la pratique, devenant architecte pour la restauration de son château de Terre-Neuve à Fontenay-le-Comte ; par l’estampe, ayant appris en autodidacte la technique de la gravure à l’eau-forte. Plus de 500 planches sorties des presses de l’atelier de Terre-Neuve, pour certaines dans des formats monumentaux, témoignent de la gloire passée des édifices qu’il représente : Chambord, Blois, Pierrefonds ou Notre-Dame de Paris.

Le parcours et l’œuvre d’Octave de Rochebrune sont ici présentés dans leur ensemble, grâce à l’étude de ses œuvres et de nombreuses sources d’archives publiques ou privées, la plupart inédites. »

Notre propos s’attache ici à l’aquafortiste remarquable que fut cet artiste. A lire une petite plaquette éditée par Claire Guillermic en 2018, faisant référence au seul texte autobiographique de Rochebrune intitulé « Comment je devins aquafortiste »2 et publié de manière posthume en 1901 dans la « Revue du Bas-Poitou ». Au lecteur de s’y référer.

À noter qu’un « Catalogue descriptif et raisonné de l’œuvre d’Octave de Rochebrune » avait été réalisé et publié en 1902 par Henri Clouzot (1861-1941), et édité par son père, Léon Clouzot (1836-1905), éditeur-libraire à Niort. Il faisait état de la création de 492 cuivres gravés. Il y en aurait en fait 502, selon les dernières estimations, dont près de 300 archivées à Terre-Neuve.

Donc, comment ne pas conseiller l’ouvrage de Claire Guillermic, car il est passionnant et donne vie à cette personnalité hors normes, selon trois facettes : celle d‘un aristocrate vendéen engagé pour le patrimoine ; celle d’un bâtisseur et restaurateur infatigable et, – pour satisfaire au plus près notre intérêt pour l’estampe -, celle de l’aquafortiste révélé, du hasard providentiel à la vocation artistique. Le livre est préfacé par Françoise Bercé, conservatrice générale honoraire et inspectrice générale honoraire du patrimoine.

“Château de Terre-Neuve” – Octave de Rochebrune
Eau-forte et pointe sèche (2e état) – 16 x 22 cm (1885)
BnF Paris

Pour approfondir cette conférence, et poursuivre notre connaissance de l’artiste, nous sommes allés plus tard visiter son cadre de vie du Château de Terre-Neuve et découvrir un espace d’exposition où Claire Guillermic, devenue notre guide de visite, avait aussi œuvré en tant que commissaire d’exposition pour présenter des éléments significatifs de son œuvre, du dessin, finement tracé, à la gravure mais aussi des peintures. Voir directement des œuvres est un atout indispensable pour apprécier la qualité du trait, qui se transmet fidèlement de la mine de plomb à la pointe, par l’entremise du vernis et la maîtrise du mordant, exprimant le talent technique et artistique de l’artiste.

Château de Terre-Neuve – œuvres d’Octave de Rochebrune
(Cl. Maïté Robin)

On peut aussi constater, à l’observation directe que les eaux-fortes de Rochebrune s’attachent à des visions architecturales empreintes de réalisme, mais qu’elles sont prises sous un angle pittoresque, qui exprime toute la sensibilité romantique de l’artiste, traduite à merveille par sa “manière”. Elles appellent aussi à une remarque qui me semble être l’une des caractéristiques de son œuvre gravé : pour compenser l’aspect statique des représentations et les animer, il se plait à y introduire des éléments discrets de vie, en l’occurrence des personnages anonymes en situation naturelle, parfois quelques oiseaux en vol,…

Une visite qui a permit aussi de découvrir des photographies familiales caractéristiques d’une époque, de grandes médailles présentant les profils d’Octave et de son épouse, Alix Grelier du Fougeroux (1829-1872), elle même représentée sur une belle huile sur toile, et puis, en compléments de panneaux didactiques explicatifs sur l’histoire et la présence familiale, en vitrines ou en cimaises, toute une collection d’objets ou d’armes, des armures, des tableaux de personnalités militaires héros de l’insurrection vendéenne lors de la Révolution française… Une mise en place qui permet de mesurer l’esprit de collection, dite Fontenioux-Rochebrune, qui habitait aussi les châtelains. Tout cela est passionnant. L’exposition est programmée jusqu’au 22 septembre prochain.

Gérard Robin

1 – « Octave de Rochebrune – Un artiste vendéen défenseur du patrimoine » Claire Guillermic – Éditions Centre vendéen de recherches historiques, 2024, 87 rue Chanzy – 85000 La Roche-sur-Yon
2« Comment je devins aquafortiste » édité et présenté par Claire Guillermic Édition Comité national de l’estampe, 2018, 58 rue de Richelieu 75001 Paris