Métonymie

« Cape de pluie et autres végétaux » de Pierre Guérin(Cl. CEC)

BICG 3
Galerie l’Entr@cte
92410 Ville d’Avray
16 mai au 2 juin 2024

Le titre de cet écho pourrait être le nom d’une déesse ou d’une accorte jeune femme. Plus prosaïquement il désigne une figure de style d’un usage très répandu. Elle l’est notamment dans le domaine de l’art. Ne dit-on pas : « un Picasso » en parlant d’une peinture dudit. En matière d’estampe, on en use aussi. Ne dit-on pas : « une eau-forte de Jacques Callot » en parlant d’une estampe du graveur lorrain par la technique qu’il a utilisée pour la créer. Le mot utilisé associe la chose dont on parle en un raccourci évocateur. Ce rapport entre la chose qu’on a sous les yeux et le mot dont on use pour en parler est parfois plus lointain même si à un moment ils ont été pressés l’un contre l’autre. « C’est un cuivre magistral de Dürer », dira-t-on admiratif de sa « Mélancolie », en associant la matière de la matrice gravée par l’artiste à l’image imprimée sur le papier. Le monde de l’estampe aime bien cette métonymie pour désigner une estampe par la matière de sa matrice : un cuivre, un bois, une lithographie, une sérigraphie1.

« Migration » de Sophie Domont (Cl. CEC)

Une sorte de hiérarchie semble s’être établie entre ces matières traditionnelles qui vouent à un certain mépris toutes les autres. Zinc est laissé aux couvreurs ou aux bistrotiers, linoléum aux enfants, plexiglas aux encadrements, etc. Comme si la matière de la matrice donnait sa seule valeur esthétique à l’image gravée. Quant au carton, on ose à peine en révéler l’usage. Fort heureusement les pratiques contemporaines font fi de cette hiérarchie quelque peu obsolète. Pour continuer à filer la métonymie, il existe de mauvais cuivres et de bons cartons, tout dépend du talent des artistes qui les ont créés. Chaque matière dont usent les artistes d’aujourd’hui ― et le nombre de ces matières tend, grâce à leur imagination créative, à croître ― possède ses propres qualités expressives pour qui sait la maîtriser.

« Oh ! My bear » de Gaëlle Devys (Cl. CEC)

Il faut savoir gré à la « Biennale internationale du carton gravé » de démontrer pour la troisième fois que cette matière, utilisée comme matrice gravée, peut produire de « belles » estampes même si notre déesse Métonymie ne les a pas encore assises en son giron et que l’on réserve toujours au vocable sportif l’exclamation « Carton !» affublé d’une couleur ou d’une autre. Pour se convaincre que la matrice en carton équivaut toutes les matrices traditionnelles, il suffit d’aller regarder quelques-unes des gravures accrochées ― sans plexiglas ni verre ― à la Galerie l’Entr@cte de Ville d’Avray pendant la douzième Fête de l’estampe. Par exemple, le « Polyptiquement correct » de Maryanick Ricart qu’il faut regarder de très près tant les détails de sa matière expressive grise et noire sont impossibles à rendre photographiquement. Ou bien encore, les subtiles teintes des natures mortes qui s’effacent de Marie Deverchere. Ou enfin les traits incisifs des « City reflections » de Hanna De Haan. Et bien d’autres exposés tant la diversité des inspirations et des manières donne ici à cette matière si courante ses lettres de noblesse stampassine.

Claude Bureau

1 – Ici il aurait fallu logiquement dire une pierre et non pas une lithographie, et une soie et non pas une sérigraphie. Là dans ces deux mots sont confondus la matière et le procédé.