Carton matière à graver

Livre d’artiste matrices en carton gravé (Cl. Joëlle Dumont)

« Le carton comme matière à graver »
Table ronde de Manifestampe
le mardi 15 novembre 2022
Maison des associations 75014 Paris

Graver sur carton était, jusqu’à très récemment, un peu honteux ; on ne s’en vantait pas, si bien qu’on ne sait pas bien depuis quand cette pratique est en usage. Et pour cause : le carton est considéré comme une matière pauvre, ce qu’elle est sur un plan économique, et trop peu noble, comparée au métal, au bois, ou même au linoleum. Mais peut-être que les vraies raisons du relatif mépris dans lequel il était tenu sont inverses : le carton est une matière riche, riche de possibilités, avec la diversité des différents types de carton, les techniques de gravure qui s’y prêtent, aussi bien en taille-douce qu’en relief, et la graver est un exercice difficile, pavé d’embûches, d’une technicité au moins égale à celle des grandes familles de gravure classique. De quoi rebuter plus d’un(e) graveur(e) aguerri(e) à d’autres techniques.

Pour cette table ronde, Manifestampe avait invité ce mardi 15 novembre 2022 les membres du collectif « Carton Extrême Carton » à partager leur expérience avec celles et ceux des artistes graveur(e)s qui avaient répondu à l’appel, une bonne vingtaine en tout, déjà adeptes de cette pratique, ou purs béotiens. Dominique Moindraut, Michèle Atman et Pascale Simonet nous ont livré leurs réflexions, leurs conseils plastiques et techniques, et apporté leurs valises de « voyageuses de commerce », véritables mallettes pédagogiques présentant toutes sortes d’exemples de cartons gravés, matrices et estampes. On voit que leur désir de promouvoir cette pratique est grand. En témoignent également le nombre et la qualité des expositions qu’elles ont proposées autant au public qu’aux artistes.

Alors, comment ça se grave, le carton ?

Avec difficulté, nous l’avons dit, surtout au moment de l’impression, l’essuyage pouvant être très long et complexe, le carton absorbant progressivement la couleur de l’encre qui lui est appliquée. Mais aussi avec jubilation, les possibilités étant infinies : grattage à la pointe, incision au cutter, découpages, traçage au stylo bille, frottage avec les outils le plus improbables, rajouts de matières ou de colle, jeux de couleur, etc. Les creux doivent être suffisamment marqués si l’on veut pouvoir imprimer en relief ; et la moindre petite griffure est fidèlement transmise à l’impression en taille-douce.

Bien sûr, il aura bien fallu choisir son carton en fonction du résultat désiré, brut ou satiné, lisse ou grumeleux ; l’enduire d’un liant protecteur avant ou après gravure, selon qu’on préfère attaquer le carton de front, ou bien s’assurer d’emblée de sa dureté ; bien laisser sécher ; trouver l’encre ad hoc, eau ou huile au choix, et être prêt à l’étendre généreusement ; sélectionner le bon papier, humide ou sec ; et surtout, surtout, ne pas mettre trop de pression, sous peine d’écraser les finesses de la gravure sur cette matière somme toute un peu molle.

“Plantes 1” taille-douce en carton gravé de Michèle Atman

Bonne nouvelle : on peut faire beaucoup de tirages, quitte à reprendre certains détails en cours de route. Mauvaises nouvelles : le carton est très abrasif, il use les outils très vite ; il est aussi assez toxique, et nécessite le port d’un masque en cas d’addiction à cette technique1. Les participants déjà adeptes de cette pratique ont également rappelé que la matière carton est très pratique si l’on veut faire de grands formats.

Initiés et béotiens ont semblé très satisfaits de ce partage d’expérience, heureux d’avoir glané de précieuses informations, prêts à prendre ou reprendre les chemins buissonniers de la gravure sur carton.

Anne-Claire Gadenne

1Nota bene : ce sont les colles dont le carton est fabriqué qui sont nocives ainsi que les poussières, les peluches et les autres particules produites par l’action de graver. Les inhaler à fortes doses est donc dangereux. Il vaut mieux s’en protéger en cas de travail intensif et prolongé.